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samedi 20 octobre 2018

Ranthambore Diaries 2018 - Episode I


 Des repas sous haute tension 



RTR - T19 Krishna - avril 2018 © VD 
Un peu d'histoire:

Krishna (T19), autrefois reine des lacs, a abandonné la zone 3 a sa fille Arrow Head en 2016. Après avoir élevé avec succès deux portées de trois tigres (T63-T64-T65 deux mâles et une femelle puis T83-T84-T85 deux femelles et un mâle) avec son compagnon Star Male (T28), elle a préféré se retirer en zone 4 avant de devoir subir l'humiliation d'une défaite, fidèle à son caractère doux et dévoué. Déjà lorsque s'était présenté le temps des confrontations avec sa sœur Sundari (T17), toutes deux filles de la célébrissime Maachli, elle lui avait laissé le territoire des lacs pour s'exiler dans des contrées moins favorables.

Attendant patiemment son heure, elle avait ensuite bénéficié du départ de Sundari pour s'emparer du secteur et ne plus le lâcher, s'étant assuré les faveurs du mâle dominant T28.

Krishna, se dirigeant vers le point d'eau après son repas- avril 2018 © VD
Loin de se laisser déstabiliser par cette mise à l'écart et en mère clairvoyante, Krishna décida en 2016 de renouer avec les territoires d'où sa sœur l'avait repoussé. Une fois établi sur des aires de chasse connues bénéficiant de points d'eau en nombre, elle pouvait se mettre en quête d'un protecteur. Son fils Akash (T64) était alors aux prises avec un mâle plus jeune mais aussi plus puissant, Teddy Bear (T74), pour le contrôle des confins de la zone 5 et des oasis de Bakhola.


RTR mars 2017 – T74 Teddy Bear © VD
En 2017, à la surprise de beaucoup d'observateurs, T74 pris le dessus et finit par repousser les assauts de Akash, bien aidé au début par son frère "W male" (T75). Fin 2017, la cause était entendu et T74 assurait sa suprématie sur les oasis de la zone 5 et une grande partie de la zone 4.

Issu d'une lignée remarquable, fils du grand Zaalim (T25) et de l'indomptable Sundari (T17), Teddy Bear scella dès lors son union avec Krishna et une portée de trois jeunes tigres vit le jo
ur peu de temps après à la mi 2017. Pour les portées précédentes auxquelles elle donna naissance, Krishna réussit l'exploit de mener à trois tigres à l'âge adulte mais elle perdit à chaque fois très tôt le quatrième de la portée. Ranthambhore constitue un biotope relativement hostile et il semble qu'il soit quasiment impossible de parvenir à répondre aux besoins de 4 petits tout en assurant leur sécurité. Mais en mère experte, Krishna sait désormais parfaitement tirer partie des moindres avantages du terrain et des 

ressources de son territoire.

C'est sur la base de ces informations que nous avions planifié des sorties en zone 4 pour tenter de débusquer la petite famille. Pourtant ce matin là, nous n'étions pas destinés à assister au repas des fauves puisqu'une autre zone nous avait été dévolue.

Finalement après d'âpres tractations et un changement de zone opportun, nous partons pour la zone 4 et filons directement sur le lieu du "kill" de sambar. Oublié les ambiances intimistes de la rencontre fortuite de Noor et de ses filles la veille en zone 2, des dizaines de véhicules sont déjà positionnés en contrebas de la scène mais les canters ne sont pas encore de la partie ...heureusement !

Krishna attaque le sambar par la croupe après avoir traîné la carcasse en lieu sûr © VD
Le cadre est vraiment fantastique puisqu'il s'agit d'une oasis tapis au pied d'un escarpement rocheux typique des formations géologiques des chaînes des monts Aravalli et Vindhya...des piscines naturelles sont encore en eau en dépit de l'intense chaleur et la carcasse du sambar fraîchement tué la veille a été tractée par Krishna quelques dizaines de mètres plus haut de manière à pouvoir manger tout en conservant un œil sur l'arrivée d'éventuels intrus.

Après quelques manœuvres délicates, nous finissons par nous positionner idéalement et une trouée dans la végétation nous offre une vue imprenable sur le festin de la famille. Les tigres vont se relayer sur la carcasse et nous trouvons tout naturellement Krishna se taillant la part du "lion".

Cohabitation trompeuse entre Krishna et sa fille sur la carcasse du sambar © VD
A la différence des lions qui ont une organisation sociale très hiérarchisée au sein du clan, il n'y a pas d'ordre de passage établi pour les repas des tigres. Dans la mesure où les tigresses se retrouvent le plus souvent seules pour élever les petits, elles sont supposées être prioritaires sur leur progéniture.

Mais les caractères s'affirment rapidement chez les jeunes et l'autorité de la mère peut être contestée à l'occasion de ces moments sous haute tension !

 
 
  Séquence de l'opposition entre Krishna et sa fille pour la carcasse du sambar © VD 

En l'occurrence, c'est la femelle de la portée, relativement petite mais très agressive qui va se montrer véhémente pour réclamer sa part sans attendre que Krishna ne finisse...cette dernière après avoir fait mine de s'y opposer, se ravise très rapidement et se résigne à laisser sa place à sa fille confirmant ainsi un trait de caractère déjà observé par le passé chez cette fabuleuse tigresse lors de confrontations précédentes.

Souvenez-vous son exil après sa soumission à sa sœur Sundari en 2011-2012, puis son abdication du royaume des lacs face à sa fille quelques années plus tard en 2016...Krishna n'aime décidemment pas les disputes familiales !

La fille de Krishna est encore très jeune (un an à peine) et il n'est pas temps pour elle de préparer un "push" même après sa démonstration de force mais elle envoie des signaux déjà forts à sa mère.  

De retour sur les lieux de la discorde pour le safari de l'après-midi,nous retrouvons la famille dans une cohabitation désormais pacifiée...tout le monde a mangé à sa faim et les querelles du matin ont été mises de côté au profit des jeux et de la sieste...

RTR - Krishna et un de ses jeunes - avril 2018 © VD
Ci-dessus, Krishna qui se lèche au second plan tandis que sa fille au premier plan grimpe sur les racines déployées d'un arbre splendide...tout invite à la photographie et il est alors aisé de faire abstraction des jeeps et des canters nous entourant. Les félins ignorent les bruits des visiteurs excités et leur accoutumance aux touristes marquent leur entrée dans l'adolescence où l'insouciance de l'apprentissage par le jeu et le besoin de découvrir et de se défier prennent le pas sur la crainte de l'inconnue et le mimétisme avec la mère.


Ci-dessous, une des deux jeunes mâles prend la pose au milieu des rochers et des feuilles mortes. Il arbore déjà fièrement sa "tigritude" de maître de la jungle conscient de l'héritage qui sera prochainement le sien et qu'il devra s'employer à conquérir avant de pouvoir, à son tour, espérer le léguer à sa descendance.

RTR - jeune de Krishna - avril 2018 © VD
Après avoir engloutis des dizaines de kilos de viande, les tigres profitent de longues séances de digestion indispensables...ils récupèrent des efforts et aiment à intégrer à leurs cycles "repas/sieste/repas/sieste" des baignades pour se désaltérer et réguler la température de leurs corps soumis aux fortes chaleurs de pré-mousson.

Krishna se met ainsi à l'eau en fin d'après-midi lorsque le soleil décline et que ses rayons se décident à prodiguer caresses réconfortantes au lieu des pénibles brûlures du milieu de journée.

Nous espérons que ses petits vont la rejoindre pour des joutes aquatiques toujours spectaculaires et émouvantes...mais elle profite seule de ces piscines privatives et d'un peu de tranquillité avant de devoir reprendre la fastidieuse éducation de sa petite troupe. Krishna est décidément la vraie reine de Ranthambhore et la digne successeur de Maachli. 

 

RTR - Jeune de Krishna - avril 2018 © VD

 Textes et photos Vincent Dabadie
© Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

samedi 13 octobre 2018

Vie sauvage et développement

 Inde sauvage et développement : comment éviter l'impasse des constructions humaines "irraisonnées" ?

Les animaux tués sur les routes de l'Inde suivent la courbe ascendante de la construction du réseau autoroutier et de l'urbanisation du pays. C'est la rançon payée par la nature à l'inévitable modernisation.des infrastructures Blog Pierre Chéron Parmi tous ces animaux, les léopards ont acquitté le plus lourd tribut car c'est un animal adaptable qui ne craint pas la proximité de l'homme. Celle-ci lui est souvent fatale.

© Wildlife Institute of India
Famille de léopards écrasés gisant au bord d'une route
La fin de l'année 2017 et le début de l'année 2018 ont vu également un nombre important de tigres morts sur les routes indiennes. Les rares forêts préservées sont bien souvent éventrées pour construire des autoroutes. Blog Pierre Chéron Le mois de décembre a été terrible avec toutes ces photos de cadavres de tigres au bord des routes. Mais ce type de mort n'est pas la cause de mortalité "accidentelle".

Les clôtures électrifiées font également des ravages parmi la faune sauvage. Au mois de juillet 2018, un tigre et un léopard ont été retrouvés morts suite à électrocution dans les "backwaters" de la réserve de Nagarhole (Kabini réservoir) située dans l'état du Karnataka. 

Les éléphants sont fréquemment victimes de ces dangers car ils sont plus exposés. En effet, certaines lignes haute tension ou postes de transformation se situent dans des zones de transit des éléphants, ce qui implique la conception d'installations adaptées pour prévenir les risques d'électrocution des pachydermes (gabarits spécifiques des lignes pour les rendre inaccessibles aux éléphants, protection des installations électriques des postes....). Selon les chiffres communiqués par la "Wildlife Protection Society of India", ce sont pas moins de 350 éléphants qui sont morts électrocutés entre 2010 et 2016.

Ainsi, peut-on citer le cas d'une mère et de  son éléphanteau, morts  en septembre 2016 pour s'être trop approchés d'un poteau électrique alors qu'ils empruntaient avec le reste du troupeau d'une quarantaine d'individus, un couloir migratoire dans une plantation de thé proche de Darjeeling (état du "West Bengal")

Villageois honorant avec des fleurs les éléphants morts électrocutés 

Le volume 1 du rapport "A Policy Framework Connectivity Conservation and Smart Green Linear Infrastructure Development in the central India and Eastern Ghats Tiger Landscape" publié début 2018 sous l'égide du Wildlife Conservation Trust (WCT) dresse un état des lieux sans concessions des projets d'infrastructures linéaires lourds qui menacent les corridors de connexion des sanctuaires de vie sauvage. Mais les conclusions se veulent volontaristes et non fatalistes et en appellent aux pouvoir publics afin d'intégrer à l'avenir les éléments de nature à concilier les intérêts des projets reconnus d'utilité public et nécessaires au développement du pays avec ceux de la préservation du patrimoine naturel indien.

Afin d'éviter toute approche dogmatique et pour ne pas provoquer les réactions inverses à celles escomptées par les tenants d'un développement économique effréné, le rapport cible les corridors stratégiques sur lesquels concentrer les réflexions en vue de définir prioritairement des tracés alternatifs ou bien les mesures de mitigation adaptées. Rappelons que la définition d'objectifs de conservation découle directement du "Wildlife (Protection) Act" de 1972, du "Forest (Conservation) Act" de 1980 et de l'"Environment (Protection) Act" de 1995  qui constituent en Inde le socle législatif pour la création d'aires protégées, notamment pour les tigres,  reliées entre elles par des corridors de migration de la faune sauvage, eux aussi visés par ces textes. 

Sur les quelques 1697 projets d'infrastructures linéaires (routes, chemins de fer, canaux) relatifs à l'inde Centrale et aux Eastern Ghats, 399 environ interfèrent avec le réseau de corridors utilisé par la faune sauvage. Actuellement, seuls 26 corridors sont officiellement identifiés par le WII dans les 8 états (Andhra Pradesh, Chhattisgarh, Jharkhand, Maharashtra, Madhya Pradesh, Odisha, Rajasthan, Telangana) que compte l'habitat des tigres alors qu'il y en a en réalité bien plus empruntés par les tigres et la faune sauvage.

Il est important dans ces conditions d'identifier ceux présentant un intérêt majeur pour la dispersion des tigres en vue de garantir l'existence d'une métapopulation ou bien pour assurer le déplacement en sécurité des éléphants par exemple. Il en va de l'avenir de ces espèces emblématiques du sous-continent indien sur le long terme. Fin juillet 2018, le NTCA (National Tiger Conservation Authority) donnait le top départ d'un plan relatif à la protection de 32 corridors.

Sur les 399 projets en potentiel conflit avec des corridors, 86% (soit 346 sur 399) ont été considérés dans une première approche par les organismes utilisateurs des infrastructures projetés comme ne nécessitant pas de mesures spécifiques pour la protection de la vie sauvage d'où l'importance comme le souligne et le démontre le rapport du WCT, de déterminer de manière pragmatique lesquels de ces projets sont de nature à impacter la connectivité des espaces protégés (voir carte ci-dessous graduant l'importance des corridors dans la connectivité des habitats protégés du tigre). 
Carte représentant les aires protégées et en rouge les corridors prioritaires
pour assurer une connectivité © Wildlife Conservation Trust
Les recherches récentes ont permis de mieux appréhender la dynamique de migration des animaux et d'orienter ainsi les mesures à prioriser. Ainsi, les scientifiques et naturalistes se sont rendus compte, notamment par l'étude des déplacements des individus "monitorés", que deux aires protégées pouvaient être connectées par plusieurs corridors à  la fois. En outre, les aires protégées de taille réduite occupent une place stratégique dans la création d'un réseau d'ensemble interconnecté puisqu'elles offrent des étapes aux animaux reliant deux aires protégées importantes (ex : deux Tiger Reserve) séparées par une longue distance. 
Les deux cartes ci-contre et ci-dessous  représentent respectivement les aires protégées (PAs) d'Inde Centrale d'un côté et la densité des infrastructures et constructions humaines représentant des barrières pour la migration des animaux de l'autre.

En Inde Centrale et dans le cadre des corridors pouvant potentiellement relier les "pools génétiques" des tigres d'Inde de l'Ouest et d'Inde Centrale, les deux principaux états concernés du Rajasthan et  du Madhya Pradesh présentent un nombre très important de projets routiers menaçant la continuité des patchs de forêts reliant les parcs et sanctuaires protégés.
Les projets routiers sont figurés dans les deux cartes ci-dessous par des bandes noires et rouges représentant les tracés projetés. En Inde Centrale, l'Etat du Madhya Pradesh qui compte le plus d'aires protégées occupe la première place dans le programme de développement des infrastructures routières.
Carte représentant les réserves, sanctuaires et parcs du MP ainsi que les forêts les reliant et les projets d'infrastructures projetés © Wildlife Conservation Trust
Certains parcs risquent de se retrouver totalement "ceinturés" par des barrières infranchissables pour les animaux comme il est possible de l'observer au niveau des sanctuaires de Ramgarh situé aux alentours de Bundi dans le Rajasthan. 


Carte représentant les réserves, sanctuaires et parcs du Rajasthan ainsi que les forêts les reliant et les projets d'infrastructures projetés © Wildlife Conservation Trust










De nombreux exemples passés montrent que certaines infrastructures ont été réalisées sans mettre en œuvre les dispositifs de nature à faire coexister routes principales et déplacements en sécurité de la faune sauvage. Pour ne citer que quelques exemples routiers et ferroviaires : en 2015, l'extension de la "National Highway" 7 appelée désormais NH-44 intercepte le corridor Kanha-Satpura TR, l'élargissement de la NH-6 pour un passage à 4 voies en 2009-2010 a fragilisé les corridors Kanha-Nawegaon-Tadoba-Indravati et Nagzira-Nawageon, idem en 2012 pour le passage à 4 voies de l'autoroute Nagpur-Betul à travers le corridor Pench-Melghat TR et celui de la double voie de la route Nagpur-Chhindwara à travers le corridor Pench-Satpura TR, la liaison ferroviaire principale reliant Delhi à Chennai traverse pas moins de 7 corridors dont le Ratapani WLS, l'extension de la ligne Nagpur-Chhindwara menace le corridor Pench-Satpura...

En examinant les chiffres des emprises nécessaires à la réalisation de ces projets d'infrastructures linéaires, on s'aperçoit qu'ils ne représentent que 72 hectares de forêts. Les dommages causés ne concernent donc pas la problématique de déforestation (consécutive au développement des projets miniers ou à d'autres projets)  mais bien l'absence de mesures efficaces de mitigation permettant aux animaux de ne pas être exposés aux dangers inhérents à la circulation des véhicules.  Après d'intenses débats, l'Etat du Karnataka vient de reconduire l'interdiction des traversées nocturne du parc de Bandipur à la satisfaction des activistes et naturalistes qui s'étaient fortement mobilisés. Les chiffres étaient éloquents puisque cette interdiction a permis en quelques années de diviser par plus de deux le nombre d'animaux morts suite à des collisions.

La "National Highways Authority of India" (NHAI) s'avère parfois peu encline à intégrer les mesures coûteuses de mitigation de type passage inférieur ou supérieur "grande faune" avant que la Cour Suprême indienne ne se soit prononcée pour définir des interdictions ou obligations. C'est le cas pour la projet d'extension de la NH-44 menaçant plusieurs corridors des réserves de tigres de Kanha et Pench.


Fragmentation et isolement des habitats favorables peuvent avoir des conséquences dramatiques sur les espèces résidentes et voir leurs effectifs s'effondrer drastiquement, engendrant des effets bien plus néfastes et coûteux en définitif que les surcoûts aux projets qu'impliquerait la mise en œuvre de mesure de mitigation efficaces. 
Toutefois, la mobilisation en Inde pour protéger le patrimoine naturel est une tradition et beaucoup d'indiens en appelle autorités, naturalistes, écologistes et ingénieurs pour imaginer des solutions "win/win" en multipliant échanges et concertations sur les projets. L'Inde a sans conteste les moyens de prendre le "leadership" mondial sur ces questions et d'inventer de nouveaux modèles de développement respectueux de l'environnement pour une maîtrise des ressources naturelles et une préservation des espaces de biodiversité.

La Cour Suprême qui constitue encore l'ultime recours pour faire appliquer la législation vient d'ordonner la fermeture ou le déplacement de 27 "Resorts" à Nilgiris, faisant partie des quelques 821 constructions implantés illégalement dans le couloir de migration empruntés par 900 éléphants pour relier Western Chats et Eastern Ghats et identifiées dans le rapport "Gajah" de l'"Elephant Task Force". 



Troupeau d'éléphants conduit au point d'eau par une matriarche
dans le parc national de Kaziranga dans l'état de l'Assam
Impressionnant Tusker - Kabini
  

Autour de MM Hills Wildlife Sanctuary et de Biligiriranga TR, des initiatives privées ont permis de racheter des terres menaçant le corridor de Edayarahalli-Doddasampige afin de transférer les terrains en gestion au "Forest Departement". Des dizaines d'hectares de forêt dans le district de Chamarajanagar ont ainsi été soustraits à l'appétit des hommes afin de garantir migration et déplacements plus faciles aux quelques 3000 éléphants qu'abritent la réserve de tigres de Bandipur, le MM Hills Wildlife Sanctuary et le Cauvery Wildlife Sanctuary.

Textes et photos Vincent Dabadie
© Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

mercredi 10 octobre 2018

Ranthambore Diaries 2018 - Préambule

  AU ROYAUME DES TIGRES  


Ranthambore, ... j'adore ce parc. 
Bien sûr tout n'y est pas parfait. Mais quel bonheur de pouvoir admirer nos tigres d'aussi près, presque à les toucher, et dans un si bel écrin !

Sur le début de cette année, j'y ai effectué 48 safaris. Il ne m'est pas possible  de raconter toutes les observations que j'y ai faites, sinon à mobiliser en permanence le réseau.
J'y ai  observé 108 tigres et 6 léopards en 79 scènes. Je sais que c'est un ratio extraordinaire. Pour tout dire, l'année 2018 est pour moi fantastique, tous parcs confondus. La meilleure sur mes 15 années consacrées au tigre, meilleure en quantité mais surtout pour la rareté des scènes observées. Et je n'en ai pas terminé car je reviens à Ranthambore le 4 décembre pour mes 8 derniers safaris de l'année (finissant un circuit à Nagarhole et Kanha).


Je vous recommande mon dernier livre AU ROYAUME DES TIGRES qui vous raconte en détail l'histoire de ce parc magique, au fil des 176 pages composées avec soin durant 5 années. (Un arbre généalogique et des cartes vous permettront de comprendre les filiations et les luttes de clans). 


La semaine prochaine Vincent et moi-même vous proposeront 5 épisodes "Ranthambore Diaries 2018". 

A bientôt. Pierre




Textes et photos Pierre Chéron
© Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

samedi 6 octobre 2018

Mortalité des grands fauves (suite)

 Mortalité des grands fauves (suite) : 
Une pandémie menace-t-elle les derniers lions d'Asie ?


Les médias indiens ont largement relayé ces dernières semaines l'hécatombe qui frappe actuellement les lions du Gir. En une vingtaine de jours, pas moins de 23 lions sont morts dont 21 semble-t-il des suites de maladies ("babésiose") liées à des bactéries infectant leur système digestif et transmises par des tiques. appelées "Babesiosis".


Source Time of India


Cette mauvaise nouvelle relance le débat d'une deuxième aire d'accueil des lions d'Asie, projet enlisé depuis des décennies en dépit des injonctions de la Cour suprême indienne qui avait ordonné le transfert de lions du Gujarat vers le Wildlife Sanctuary de Kuno Palpur situé dans le Madhya Pradesh.

Problème : depuis cette décision, de nombreuses études sont venues montrer que Kuno Palpur constitue un habitat stratégique du "Western India Tiger Landscape" pour la migration des tigres, notamment depuis la population source de Ranthambore, et pour la création à terme de connexions entre les populations des tigres d'Inde de l'ouest et celles d'Inde centrale. Aucun autre site d'accueil n'a pour le moment été identifié bien que d'autres options existent.

Pour parer au plus pressé et tenter d'enrayer les effets dévastateurs de ces infections, un plan d'action est en train d'être étudié notamment pour mener une campagne de vaccination des chiens porteurs des tiques comme cela fut réalisé dans le parc africain du Serengeti. Le contrôle sanitaire du bétail susceptible de se trouver en contact avec les félins est également envisagé. 

Source Time of India


Gageons que les autorités indiennes, aussi bien locales que nationales, sauront se mobiliser pour éviter une perte inestimable. En effet, après avoir sauvé l'espèce et l'avoir amené à une population viable dans l'Etat du Gujarat (environ 600 lions en 2018), fief de l'actuel premier ministre Narandra Modi, l'Inde se trouve face au défi non moins difficile à relever de donner un avenir sur le long terme à cette population en diversifiant son aire de répartition. 


Source Time of India

samedi 29 septembre 2018

Les rayures du tigre, à quoi ça sert ?

Afin d'identifier les individus, comparer le dessin des rayures des tigres est un exercice parfois compliqué. Avoir la capacité de mémoriser ces dessins avec la complexité de leurs formes est beaucoup, beaucoup plus problématique. Quand ces rayures se rapportent à des animaux vus parfois uniquement en photo, on touche les sommets ✋😄

(visualisée dans cette couleur) Nous publions une mise à jour  de l'article sur les rayures du tigre paru en mars 2018 sur le blog "Tigres et Nature" afin de présenter de nouveaux exemples des similitudes troublantes constatées entre ascendants et descendants qui peuvent aider à reconstituer les lignées de tigres et leurs histoires.

 
Les rayures du tigre, pour quoi faire ?
RTR mars 2017 – T74 Teddy Bear © VD

RTR mars 2017 – T74 Teddy Bear © VD
Dans l’imaginaire collectif, les rayures du tigre en font l’insaisissable seigneur de la jungle, avançant camouflé, à l’abri de cette « robe » se confondant aux nuances de feuillages et branchages, pour se tapir dans les herbes hautes avant de bondir sur sa proie.

Ame véritable des forêts indiennes selon la célèbre formule de Valmik Taphar, ses rayures associées à ses yeux incarnent sa grâce et sa beauté « magnétique » qui ont fait de tout temps battre le cœur des hommes dans un sentiment mêlé d’exaltation extrême et de crainte irraisonnée.

Dans une vision moins contemplative, tirant parti des dessins uniques dont se pare chaque individu, les naturalistes et scientifiques s’appuient désormais, pour effectuer les recensements des populations, sur les données collectées par les pièges photographiques Blog Pierre Chéron ainsi que sur le traitement des images par des logiciels d’analyse et de comparaison des rayures, notamment celles présentes sur les flancs des différents spécimens.

Ces motifs spécifiques symbolisent la singularité de chaque individu à travers un ADN qui lui est propre.

Pour une espèce menacée comme le tigre, les informations permettant une identification claire de tous les spécimens sont primordiales pour mieux comprendre les comportements territoriaux des tigres.

Elles complètent efficacement les données collectées via le « monitoring » assuré par la pose de colliers émetteurs sur un petit nombre d’individus.

Parallèlement à la démarche de prélèvements d’échantillons pour analyser l’ADN des tigres, la constitution d’une base de données quasi exhaustive grâce aux rayures doit permettre de conforter les choix stratégiques réalisés par le "Forest Département lors de la préparation des opérations délicates de relocalisation.

En effet, avant d’en arriver à des échanges naturels via la restauration des corridors, le "Forest Department" et le NTCA Blog Pierre Chéron ("National Tiger Conservation Authority") sont entrés dans une étape de rationalisation des transferts, aidés par les scientifiques du "Wildlife Institut of India" et les naturalistes des différentes réserves.

Revivifier le génome appauvri des tigres en créant de bonnes conditions de brassage génétique passe par la connaissance des individus et de leur ascendance. C’est pour cette raison qu’il est intéressant d’archiver les données au fur et à mesure et d’établir des « arbres généalogiques » lorsque cela est possible.

Les rayures pour aider à identifier la paternité d’une portée ?

De manière plus triviale et ludique, les rayures peuvent servir des desseins quelque peu inattendus.

Ainsi, les naturalistes et autres passionnés des félins observables à l’état naturel sont constamment en quête d’informations sur l’évolution des familles de tigres.

Les rayures constituent alors des indices permettant d’identifier tel ou tel individu observé et de le repérer rapidement. Celles de la tête et plus particulièrement celles situées au dessus des yeux sont facilement distinguables et aucun tigre ne dispose des mêmes motifs que son congénère.

Or, si la maternité des tigres ne laisse guère place au doute dans la mesure où la mère s’occupe de sa progéniture sans interruption pendant presque deux ans, la paternité des portées peut s’avérer quant à elle beaucoup plus compliquée à établir.

En effet, le seul fait qu’une tigresse avec des petits réside sur le territoire d’un tigre male dominant ne signifie pas automatiquement que ce dernier en est le géniteur. Afin de protéger leurs futurs petits Blog Pierre Chéron et pour s’adapter aux réalités des luttes de territoire fratricides opposant les mâles, les tigresses font preuve de pragmatisme et peuvent brouiller les pistes en s’accouplant avec plusieurs d’entre eux…lorsque le dominant finit par chasser les autres de son territoire, il est alors persuadé d’être le père de la portée à naître.

C’est dans ces conditions que l’observation des rayures peut fournir des indications précieuses sur les liens de filiation entre individus bien que ne résultant pas d’une approche scientifique qui présente l’avantage d’être irréfutable.

Ainsi, on constate des similitudes troublantes entre les rayures au dessus de l’œil droit de la « légende » du parc de Kanha, Munna, et celles de son fils Chota Munna (ou Link 7)…difficile de ne pas y voir l’expression d’une transmission génétique comme celle que nous constatons tous les jours dans les traits du visage communs aux membres d’une même famille chez les humain
s.


Bien d’autres exemples ont été observés entre ascendants et descendants partout à travers l’Inde et on peut notamment citer : Umarpani femelle et Umarpani male à Kanha, Noor et Sultan ainsi que les trois filles de sa dernière protée à Ranthambore...

Evidemment il ne s’agit pas d’un constat systématique mais parfois ces similitudes peuvent conduire sur la piste d’un tigre mâle lorsque l’on émet des conjectures quant à la paternité de tel ou tel autre mâle.

C’est le cas actuellement à Ranthambore pour la dernière portée de la tigresse T19 (Krishna) qui régna longtemps sur la région des lacs et qui fut contrainte par une de ses filles à se retirer dans un territoire assez reculé, en « mal » de dominance. Blog Pierre Chéron Il s’agit de la zone 4 du parc où un mâle, T74 (Teddy Bear), est parfois observé à l’instar d’autres prétendants.

Nous sommes en avril 2018 et ça y est les guides et naturalistes du parc ont rendu leur verdict sur l’identité du géniteur des petits de la nouvelle portée de Krishna …il s'agit bien de Teddy Bear (T74), le fils de l'illustre Zaalim (T25) et de la reine trop vite disparue Sundari (T17).



Suite à nos aventures dans le parc de Kanha, nous avons eu l'occasion d'observer un des fils de la tigresse T33 Mahaveer ou Mahabir, identifié sous le code MV2 ou MB2 et âgé de moins de 3 ans. Le mâle dominant de la zone, Umarpani (T30), à la mort de Kingfisher en 2016, ne s'est pas attaqué à la progéniture de Mahaveer en dépit des craintes des observateurs et naturalistes. Cela pouvait laisser penser que les 4 frères (deux males - MV1 & MV2) et sœurs (deux femelles - MV3 & MV4) avaient bien pour père Umarpani bien que Mahaveer ait été vu à plusieurs reprises s'accouplant avec Kingfisher en 2015.
En réalité, il n'en est rien et Kingfisher, assuré désormais de voire ses gènes arpentés fièrement les forêts de sals de Kanha, est bien le géniteur comme en témoignent les rayures dessinant les contours du célèbre oiseau, au dessus des yeux du père et du fils.  



























Dans la réserve de Tadoba Andhra cette fois, c'est la célèbre tigresse Maya qui a légué à un des rejetons de sa dernière portée des dessins en forme "d'éclairs" tandis que les motifs des rayures au dessus des yeux présentent de troublantes ressemblances entre Matkasur et un fils de la portée de Chhoti Tara surnommé Chhota Matkasur. 

Photo de droite © Mihir Mahajan

TADOBA ANHARI TR - photo de droite © Priyadarshan Gajbhiye
Textes et photos Vincent Dabadie
© Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

samedi 22 septembre 2018

Leopards Diaries 2018 - Episode III


 COMPORTEMENTS COURANTS 
OBSERVATIONS EXCEPTIONNELLES 


JLR - Juliet et Cleopatra - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron

Le léopard et les paons


L'on se prend à imaginer que la présence d'une proie enclenche un processus de chasse chez tout prédateur. Pourtant, il faut savoir que celui-ci évalue avant tout deux choses: les risques pour son intégrité et ses chances de réussite. 

Le cas observé ci-dessous est certes surprenant mais fréquent. J'ai eu l'occasion de l'observer à Bera, à Ranthambore et ici dans la forêt de Jalhana. 

JLR - Juliet - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron
Le paon est une proie du léopard, mais lorsque les paons sont nombreux, le léopard ne s'y attaque pas. Sûrement qu'il a la certitude d'échouer. Mais l'on assiste alors à un surprenant manège où les volatiles batifolent devant le félin dans une totale indifférence.


Dans la scène qui suit, nous avons la chance de voir un groupe de 3 paons qui poussent le léopard à fuir. Cette technique de harcèlement à plusieurs porte ses fruits, et le léopard laisse le terrain aux volatiles en quittant les lieux d'un pas vif.  


JLR - Juliet - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron

Il faut remarquer toutefois que le félin saisira une opportunité quelques minutes plus tard, en essayant d'attraper un écureuil. Je pense qu'il s'agissait d'une technique de maraude de la part du léopard qui lui fait quitter un territoire sans possibilité d'attraper du gibier, mais sans renoncer à son but initial.

Le refuge du léopard


Dans le contexte des safaris, il peut parfois apparaître troublant pour les amoureux des animaux que l'on suive avec insistance un félin dans l'espoir des meilleures prises de vue, "notre raison" nous abandonnant subitement. Mais que l'on se rassure, l'animal est malin et il sait nous distancer quand il le désire. Cette jeune femelle nous avait offert de multiples "situations" mais nous en voulions toujours plus. Le meilleur placement, une pose gracieuse de plus, ... 


JLR - Juliet - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron
La beauté profite d'un arrêt de la jeep: elle s'élance, coupe la piste et saute vers une clôture qui constitue la seule enceinte à l'intérieur de la forêt. Celle, désaffectée, du poste du garde forestier...
JLR - Juliet - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron




















L'on assista alors à une scène cocasse où le léopard observait la vie alentour à l'abri de nos regards inquisiteurs, le temps nécessaire pour que les jeeps se lassent et s'en aillent. Ce n'est que lorsque tout le monde fut parti (sauf la notre) que le félin fit le chemin inverse avec un gracieux bond d'une hauteur de 3m. Hop sur le grillage et puis... la suite sera fantastique !!!



JLR - Juliet - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron


Le combat de léopards


Dans la vie d'un photographe animalier, assister à une telle scène est très rare. Pour moi, c'est la 1ère fois dans de telles conditions: un combat de léopards. En 30 ans de photos animalières en terres africaines ou indiennes, inutile de dire qu'il ne faut pas rater les clichés, il ne me sera sûrement plus donné de refaire une telle observation.

Nous avions donc suivi Cleopatra. Toutes ces "émotions " lui avaient peut être donné soif, toujours est-il qu'elle rejoignit un point d'eau non loin de là. Nous n'étions que 3 jeeps ce qui fit que cela nous procura un emplacement de choix. Il était 18 h et la lumière commençait à décliner mais elle restait suffisante pour réaliser de belles prises de vue. 

Pendant 30mn, en quête du meilleur cliché, nous photographions sans relâche la jeune beauté qui boit et longe la marre pour trouver des herbes afin de se purger. Puis elle se met à remonter et semble soucieuse. 

C'est à 18h30 qu'apparaît la raison de ce trouble. Une autre femelle léopard apparaît. Nous sentons de l'électricité dans l'air. 

Après une rapide évaluation du rapport de force, les 2 léopards se lancent dans un combat épique. D'abord des coups, dressés debout sur les pattes arrières, puis 2 charges fulgurantes dans un tourbillon de poussière et de rugissements à terre. Le total de ces assauts très violents a duré une dizaine de secondes, mais je peux vous garantir que nous sommes restés sans voix, le temps suspendu à ces instants de grâce. On a du mal à imaginer avant de l'avoir vécu que quelques secondes suffisent à déclencher de telles émotions rares et précieuses : sans l'ombre d'un doute,



Une scène à couper le souffle !!! 










Au terme du combat, l'une avait établi sa dominance.

Elles allèrent ensuite au point d'eau pour se désaltérer. La lutte donne soif ! A les voir ainsi à quelques mètres l'une de l'autre, on a peine à croire que quelques instants plutôt une lutte farouche les a opposées...au contraire, nous attendions avec anxiété la reprise des hostilités mais au final plus besoin pour elles de se battre, car leurs règles de partage avaient été établies. La lumière faiblissant annonçait la nuit et l'une d'elles partit.

A notre tour l'heure était venue de quitter ce lieu béni.

JLR - Juliet et Cleopatra - 05/2018 © Crédit photographique Pierre Chéron

Il faut remarquer que ces espaces confinés induisent d'âpres luttes territoriales pour les ressources limitées dans un parc qui fait 35 km² et compte près de 30 léopards résidents !

* Ici je tiens à remercier chaleureusement mon guide Lucky Kokhar, qui nous a fait un travail de recherche excellent. Vu son jeune âge, il a devant lui une très prometteuse carrière de pisteur.

*  Pour mon 3ème livre à paraître, j'ai gardé les meilleures photos de ce combat et je ne les ai donc pas mises dans cette sélection. Priorité aux livres !!



Textes et photos Pierre Chéron
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