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vendredi 15 juin 2018

Mortalité des grands fauves en Inde

Que cache l’hécatombe de ces derniers mois !!

RTR – T39 Noor © Crédit photographique Pierre Chéron
Entre hausse préoccupante de la mortalité des grands fauves en Inde et comptages positifs des derniers recensements :

Les mauvais chiffres du premier trimestre 2018 traduisent les nombreuses menaces auxquelles les félins doivent faire face au quotidien : réduction et fragmentation de l'habitat, conflits liés à la proximité avec les populations locales, interférences des projets d'infrastructures structurantes à l'origine de nombreuses morts accidentelles (félins renversés, victimes de chutes dans des puits ou bien encore morts électrocutés du fait de clôtures électriques le plus souvent illégalement installées...), braconnage...

La mortalité des grands fauves semble en hausse mais ce constat traduit-il bien la réalité de leur présence en Inde. Se dirige-t-on vers un déclin de ces espèces ou bien s'agit-il plutôt d'une évolution du "paradigme indien" des grands fauves ?
184 lions morts entre 2016 et 2017 (310 sur la période 2010-2015) dont  32 de causes non naturelles !
162 léopards sur les trois premiers mois dont 35 % dus à des cas de braconnage et 20 % suite à des accidents sur les routes ou les voies de chemin de fer....34 léopards meurent chaque année en moyenne rien que dans l'état du Rajasthan !
34 tigres sur les trois premiers mois de l'année dont 35 % de causes non naturelles (électrocution, accidents et braconnage), ce qui à ce rythme fera franchir la barre des 130 tigres morts fin 2018 !

RTR – T57 Singhtsh © Crédit photographique Pierre Chéron
Les chiffres sont inquiétants et pourtant, les comptages réalisés ces dernières années ou en cours sont encourageants et témoignent des résultats probants obtenus suite aux efforts considérables de protection réalisés sur le terrain.

La population des lions est ainsi passée de quelques dizaines en 1913 à 523 en 2015, avec une forte progression durant la dernière décennie (359 en 2006, 411 en 2010...). On doit ce spectaculaire sauvetage au Nawab de Junaghad qui décida de protéger la trentaine de lions encore présent dans sa réserve de chasse et ayant échappé aux massacres. Aujourd'hui, le seul sanctuaire de Gir n'est plus suffisant pour supporter cette population. La réserve qui fait 1882 km² environ peut accueillir 300 spécimens au maximum, c'est pourquoi il était vital d'assurer aux lions des territoires additionnels. Désormais 40 % des lions du Gujarat sont disséminés dans les districts d'Amreli, Bhavnagar, Gir Somnath, et Porbandar et migrent à travers 19 corridors sur une aire totale couvrant quelques 22 000 km² !

Jeune mâle du Gir © Crédit photographique Pierre Chéron

GIR - femelle et cubs © Crédit photographique Pierre Chéron

S'agissant des tigres, après une décennie très compliquée, on relève, depuis le comptage de 2011 (1700 en 2010, 2226 en 2014) des chiffres en hausse dans la quasi totalité des états. Cette dynamique laisse augurer, pour le recensement qui vient de débuter, un retour au nombre d'individus du début des années 1990 (environ 3000 tigres) mais avec la fiabilité que procurent désormais les moyens technologiques modernes dont disposent les équipes du FD et de la NTCA pour réaliser les opérations de comptage ("camera trapping" notamment). La protection dans les réserves de tigres les plus réputées s'avère mieux organisée et plus efficace et après en avoir contesté le principe lors du recensement de 2011 notamment, les autorités indiennes ont fini par admettre que plus de 30 % des félins vivaient en dehors des réserves dans des zones protégées (sanctuaires de la vie sauvage, parcs nationaux...) ou non (corridors entre réserves ou bien forêts isolées).


RTR – T28 Star Male © Crédit photographique Pierre Chéron
RTR – T85 Packman © Crédit photographique Pierre Chéron


Le comportement des léopards est plus problématique car ils sont plus intrusifs et imprévisibles, et ils n'hésitent pas à s'aventurer dans les villages et dans les zones urbaines périphériques des grandes agglomérations. Depuis quelques mois des vidéos sont postées régulièrement sur les réseaux sociaux montrant des scènes insoutenables de mise à mort de léopards à coups de bâtons par des villageois excédés, aux réactions totalement disproportionnées. Le même type de scène a été filmé s'agissant cette fois d'ours lippus ayant attaqué des villageois. Dans le sanctuaire même du Gir, on rapporte des faits surréalistes de personnes s'approchant à pieds de groupes de lions pour les perturber pendant leur repas ou bien les pourchassant en motos.

Pourtant dans le même temps, on assiste à des scènes spectaculaires d'opérations de sauvetage improvisées de léopards ou de tigres tombés dans des puits ou des canaux, certains n'hésitant pas à les secourir au péril de leur vie (les animaux en situation de stress extrême peuvent s'avérer dangereux pour leurs "sauveurs" et leur infliger de graves blessures voire pire). 

Pour combattre les idées reçues et tenter d'endiguer les incidents qui se multiplient, l'état de l'Uttarakand a pris l'initiative de publier un guide intitulé "Busting Myths about léopards and Learning to leave with them" pour sensibiliser les populations locales sur les comportements à adopter pour coexister avec le félin. 

Le premier recensement de léopards réalisé en Inde sur une partie du territoire a mis en avant un chiffre de 8000 individus. En extrapolant ces chiffres à la partie nord-est du pays non concernée par les comptages, les spécialistes estiment que la population totale du félin tacheté est comprise entre 12000 et 14000.


RTR - Léopard © Crédit photographique Pierre Chéron
RTR - Léopard © Crédit photographique Pierre Chéron 
La situation est préoccupante et l'accroissement global du nombre de félins dû à une meilleure protection dans les réserves ne doit pas occulter le phénomène réel de réduction dramatique de son habitat en dehors et de la pression de plus en plus grande exercée par la population sur ces territoires.
Le renforcement des moyens dont disposent les réserves a été cette dernière décennie une réponse adaptée pour endiguer le braconnage mais elle ne peut à elle seule assurer un avenir à ses grands prédateurs qui ont avant tout besoin d'espaces importants connectés les uns aux autres par des corridors présentant un minimum de sécurité (pour éviter les accidents sur les routes et les voies ferrées, les chutes dans les puits, l'électrocution par des clôtures installées le plus souvent illégalement...) et disposant de ressources en eau et en proies sauvages. 
  
Naturalistes et scientifiques s'accordent désormais pour dire qu'une déconvenue majeur est à prévoir dans les prochaines décennies si des actions ne sont pas menées au niveau des aires non protégées actuellement, mais au combien vitales pour garantir la survie des félins !


RTR - Krishna cubs déc 2015 © Crédit photographique Pierre Chéron

Cela ne signifie pas qu'il faut relâcher les efforts de protection dans les réserves, bien au contraire. Sur la base du modèle de tourisme développé dans les "Tiger Reserves", le TOTF (Travel Operator For Tigers) a indiqué que le tourisme des léopards avait un réel potentiel et que ce pouvait être une des clés de la protection de l'espèce en Inde où les moyens se concentrent actuellement beaucoup sur les espèces "étendards" dont fait partie le tigre. 

L'état du Rajasthan a d'ailleurs récemment décidé de créer 5 sanctuaires dédiés aux léopards pour mieux répondre aux dangers du braconnage en incitant les félins à rester dans des aires protégées et exemptes de présence humaine tout en procurant des sources de revenus aux populations locales de manière à les impliquer dans les actions de préservation. Se dirige-t-on vers un grand plan "léopards" à l'échelon national...affaire à suivre dans les mois qui viennent !

A noter que certaines des 50 "Tiger Reserve" n'ont de tigre que le nom, alors que paradoxalement, on trouve des léopards dans toutes les "Tiger Reserve". 

Les orientations des programmes de conservation ne sont toutefois pas les mêmes au regard des problématiques spécifiques à chaque espèce.

Si lions et tigres peuvent emprunter des corridors sur plusieurs dizaines voir dans certains cas plusieurs centaines de kilomètres à la recherche de territoires où s'établir et de partenaires avec lesquels se reproduire, les léopards ont un champ d'action plus réduit. Cherchant moins à éviter les hommes, ces derniers entrent très souvent en conflit avec les populations locales même si certains exemples montrent que la présence de léopards à proximité des zones urbanisées ne constitue pas une situation rédhibitoire...on appelle ces léopards, les léopards des villes à Mumbai ou encore Jaipur ! 

RTR - T19 Krishna - avril 2018 © Photographie Vincent Dabadie
Parfois également des programmes de protection aux intentions louables peuvent interférer avec d'autres projets de conservation des espèces...c'est typiquement le cas du plan de transfert de lions au Wildlife Sanctuary de Kuno Palpur situé dans l'état du Madhya Pradesh.

Après avoir écarté plusieurs autres sites et au terme d'une bataille juridique âpre et incertaine, l'autorisation fût donnée par la cour suprême indienne d'opérer les transferts. La création d'un nouveau site d'accueil des lions d'Asie, déconnecté du Gir, présente un caractère vital pour la sauvegarde de l'espèce en cas de pandémie s'abattant sur les spécimens du Gujarat.  

Problème : Kuno Palpur constitue un sanctuaire stratégique pour les migrations de tigres en provenance de la réserve de Ranthambhore dans le Rajasthan et il se situe à l'intérieur de l'arc du "Western India Tiger Landscape", biotope essentiel à la métapopulation des tigres d'Inde de l'Ouest connectable avec un autre pool génétique, celui des tigres d'Inde centrale. 


Schéma de dispersion des tigres du WITL © Vincent Dabadie
Pour accélérer les opportunités de brassage génétique entre les deux "clusters" de tigres, il est même envisagé de faire venir des tigres des réserves de Kanha Panna et Bandhavgarh à Kuno !

On le voit, rien n'est simple en Inde et il faut aux autorités et associations impliquées, composer avec une infinité de paramètres pour s'assurer du bien fondé des décisions prises et de leur intérêt au service de la préservation de l'incroyable biodiversité de la vie sauvage indienne. 



Textes et photos © Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

mardi 12 juin 2018

Kanha Diaries 2018 - Episode I


  Le jeu des 7 familles 

Rencontres dispersées avec une emblématique famille de tigres 


Le premier safari à la découverte d’un parc est toujours chargé d’une émotion particulière où se mêlent divers sentiments: exaltation à la pensée des probables rencontres, excitation des sens sollicités par les sons, les odeurs et la vision des splendeurs de la jungle, appréhension des possibles déceptions… 

Notre cycle de safaris allait bien vite balayer les quelques doutes qui pouvaient nous habiter sur le potentiel du parc de Kanha, confirmant ainsi les informations recueillies sur les excellentes observations réalisées les mois précédents dans les zones touristiques de Mukki et Kanha notamment.

KNP – DJ2, jeune femelle de Dawajhandhi - 16/04/2018 © Vincent Dabadie

Nous allons également pouvoir constater que le management de cette Tiger Reserve est à la hauteur de sa légende qui en a fait le joyau du Madhya Pradesh : un système de roulement des chauffeurs et des guides respecté, une ponctualité irréprochable et des règles de conduite adaptées à la magie des lieux (vitesse de 20 à 25 km/h maximum sur les pistes, des distances de sécurité maintenues avec les animaux pour ne pas déranger leurs comportements)


Côté Mukki, nous pénétrons dans le parc avec cette délicieuse sensation d’une forêt qui nous enveloppe immédiatement dans le but de nous livrer les secrets de la vie sauvage qui l’anime. Après quelques dizaines de minutes, nous croisons la route de notre premier tigre sur « Tiger Highway », nom donné avec malice par les guides indiens à cette « trouée » * dans les arbres, empruntée par les tigres pour marquer leur territoire et qui facilite leurs déplacements… Ce jeune tigre, MV2 (ou MB2), âgé de 22 mois environ, est issue d’une portée de la tigresse Mahaveer aussi appelée Mahabir (T33)**, probablement avec Kingfisher, un magnifique tigre dominant, mort en 2016 dans un combat territorial l'opposant à Umarpani (T30).

Ce jeune tigre déjà impressionnant essaye actuellement de se forger son propre territoire et se montre très agressif envers les tigres résidents et notamment certaines tigresses ayant des petits, ce qui se vérifiera tragiquement les jours suivants… 

Après cette apparition furtive, nous poursuivons dans la zone pour nous approcher du territoire de la femelle Umarjhola (T32), fille de Mundi Dadar, territoire qui se situe sur un promontoire rocheux et qui offre un panorama spectaculaire sur la merveilleuse canopée de Kanha, accaparant notre champ de vision dans un déploiement ininterrompu sur des kilomètres. 

En dépit de traces fraîches et prometteuses sur la piste, nous quittons cet endroit idyllique sans avoir fait la rencontre de la reine des lieux… La zone de Mukki est très vaste et de bonnes options se présentent ailleurs. 

Nous poursuivons sur le territoire d’une autre femelle dominante dénommée Dawajhandhi (T27) et qui occupe une zone stratégique riche en proies et disposant d’un magnifique point d’eau. Elle a donné naissance il y a six mois environ à 4 petits (deux mâles et deux femelles) après s’être accouplée avec une des « stars » du parc, Chhota Munna (T29), le fils de l’illustre Munna, toujours actif dans les zones périphériques du parc à l’âge avancé de 16 ans ! 

KNP – T29 Chhota Munna / Link 7 male - 16/04/2018 © Vincent Dabadie



Son fils règne sur un très vaste espace allant de la partie sud de Kisli à la zone centrale de Mukki. Il doit couvrir des dizaines de kilomètres par jour pour en délimiter les contours et rendre visite aux femelles qui l’occupent. Au cœur même de son territoire, il est contesté par un rival de taille qui n’est autre que son demi-frère, Umarpani, certainement le tigre le plus puissant de Kanha actuellement et avec lequel des altercations très violentes se sont produites à l’été 2017, consacrant systématiquement la supériorité de ce dernier. Mais d’autres dangers pèsent sur le territoire de Chhota Munna comme cette incursion d’un mâle voisin, Jamun Tola Male (T24), qui profita de l’absence de T29 pour exiger les faveurs de Dawajhandhi en tentant de se débarrasser de ses petits… Le mâle dominant de la portée y laissa la vie mais fort heureusement, en mère habile, Dawajhandhi réussit à cacher ses autres petits dans l’attente du retour de Chota Munna. 

Quelques mois plus tard, alors que Chhota Munna a repris le contrôle de la zone, nous avons l’opportunité de faire sa connaissance alors qu’il patrouille sur la route et sécurise son territoire, renforçant sa présence auprès de Dawajhandhi et des jeunes encore très vulnérables. Sa carrure est impressionnante, sa puissante musculature ondule sous sa magnifique robe un peu plus à chaque pas…elle n’a d’égale que la nonchalance de son attitude lorsqu’il arpente la piste.

Pourtant, en cette matinée la rencontre la plus marquante ne sera pas celle de la force mais celle de la jeunesse et de l’éclosion d’une toute nouvelle assurance… 
La petite femelle DJ2 nous fait face et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a déjà tout d’une grande dans ses attitudes. 


KNP – DJ2, jeune de Dawajhandhi - 16/04/2018 © Vincent Dabadie

KNP – DJ2, jeune de Dawajhandhi - 16/04/2018 © VD

La petite femelle DJ2 nous fait face et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a déjà tout d’une grande dans ses attitudes. 



Elle renifle un tronc d’arbre, fait mine de le marquer puis prend la piste dans une attitude dominatrice sans la moindre appréhension devant les véhicules, mais en témoignant au contraire d’une maturité étonnante du haut de ses dix mois… 



Sur le territoire de sa mère Dawajhandhi et certainement rassurée par la présence de son père, elle fait le « show » et impose déjà les conditions de sa supériorité ! 





Dans l’après-midi, nous revenons sur le territoire de la famille, plein d’espoirs de les voir tous ensemble au point d’eau, s’ébattre dans des jeux aquatiques. Notre attente ne sera pas récompensée mais comme souvent dans les forêts indiennes, c’est un autre scénario qui va s’écrire et nous réserver d’autres surprises.

Reprenant la traque dans une ultime tentative, nous finissons par tomber sur Dawajhandhi couchée contre un arbre le long de la piste. Incommodée par l’arrivée d’une autre jeep, elle décide de quitter les lieux non sans nous avoir gratifiés au préalable de belles attitudes, sans jamais presser son pas royal… 


KNP – T27 Dawajhandhi - 16/04/2018 © Vincent Dabadie 










Soudain elle s’arrête, semblant guetter la venue de sa progéniture…après quelques instants d’immobilité, elle disparaît dans les fourrées…finalement, en poursuivant notre route, à quelques centaines de mètres, nous tombons nez-à-nez avec une de ses filles, DJ2. Et le « show » du matin recommence avec en prime une pose pleine d’assurance au beau milieu de la piste…

KNP – DJ2 fille de T27 Dawajhandhi - 16/04/2018 © Vincent Dabadie

Cette première journée est allée bien au-delà de nos espérances grâce à la famille de Chhota Munna et Dawajhandhi. Le jeu des sept familles commence très fort et nous pourrons rapidement compléter cette belle brochette avec…….. la mère de Dawajhandhi… puis… la sœur de Chhota Munna ! 



*: des "trouées" faisant office de barrières coupe feu entre les patchs de forêts sont entretenues par le "Forest Department" afin de faciliter la lutte contre les incendies. Ces espaces dégagés peuvent constituer au même titre que les pistes, des délimitations entre territoires empruntés par les tigres pour leurs patrouilles quotidiennes.

**: les tigres des zones touristiques de la réserve de Kanha portent des numéros et des noms. Cette numérotation est supposée permettre d'identifier les individus puis d'établir et d'archiver plus facilement les liens de filiation entre congénères. D'autres parcs ont opté pour ce système comme Ranthambhore, Panna et plus récemment Bandhavgargh et Tadoba. Pour ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet, début 2018, Dr Sanjay Kumar Shula  conservateur en chef des forêts et directeur de la réserve de Kanha, a publié, avec l'aide des guides et naturalistes passionnés, un excellent ouvrage intitulé "Tigers of Kanha" qui fournit une multitude d'informations sur les tigres des zones touristiques.


Textes et photos © Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

vendredi 8 juin 2018

Kanha Diaries 2018 - Préambule


 Renouveau du Kanha National Park 
Un paradis terrestre pour la faune indienne !! 

Piste bordée de termitières dans Kanha Meadow © VD - avril 2018
La réserve de tigres de Kanha est située dans l'état du Madhya Pradesh en Inde Centrale. La carte ci-dessous permet de se rendre compte de la répartition de la core zone (en vert foncé) et des buffer zones (en vert clair et jaune) sur une superficie totale de 2074 km² environ. A l'extrême nord est, figuré en bleu, le Wildlife Sanctuary de Phen, accolé à la buffer zone de Motinala.

Carte du découpage en zone de KNP © VD - avril 2018
Passée du statut de "Wildlife Sanctuary" à celui de "National Park" (obtenu en 1955) puis de "Tiger Reserve" en 1973 lors du lancement du Tiger Project, on dénombrait 50 ans plus tard, en 2005,  quelques 129 tigres selon les données présentées dans le livre "Kanha, Glimpses of a Tiger Reserve".

On pouvait toutefois douter de la fiabilité de cette estimation au regard des techniques rudimentaires de comptage disponibles à l'époque et de la volonté affichée à l'échelon national de gonfler les chiffres, en pleine "décennie noire" où sévissait un braconnage intensif.
Comptant environ 108 tigres suite aux derniers estimations basées sur des méthodes fiables de "caméra trapping" (donnée figurant dans l'excellent "Tigers of Kanha" datant de début 2018), la réserve de tigres de Kanha est en train de vivre un véritable renouveau sous l'impulsion de son "field Director", Dr Sanjay Kumar Shukla.
Cette renaissance, on la doit en grande partie à son staff managérial récompensé à maintes reprises ces dernières années, notamment pour son engagement dans des programmes de conservation et de réintroduction. Au delà des projets spécifiques, le parc se distingue par les actions quotidiennes menées par son personnel pour préserver au mieux l'extraordinaire biodiversité (ex : amélioration de l'habitat par des opérations d'éradication des espèces invasives ou de reconstitution de la végétation des prairies, optimisation, à l'aide de bomas et d'enclos, de la répartition des ongulés pour une meilleure occupation des territoires par les prédateurs, activités de recherche et de monitoring des espèces, aides aux communautés locales impactées, gestion des ressources en eau et de la répartition des plans d'eau, engagement dans la formation des personnels et densification des patrouilles de jour comme de nuit...)


Kanha  est en passe de retrouver sa gloire passée qui en faisait l'incontestable joyau du Madhya Pradesh et sans nul doute l'un des plus beaux parcs d'Inde !

Apparition presque irréelle d'une tigresse dans les forêts de Kanha© VD - avril 2018
Les cerfs barasinghas et les antilopes cervicapres blackbucks sont les deux espèces emblématiques ayant fait l'objet des projets de conservation/réintroduction dans la réserve. Si les barasinghas se trouvent désormais en nombre dans les zones de Mukki, Kanha et même Kisli, on peut observer seulement quelques spécimens de blackbucks en liberté dans la zone centrale de Kanha, une quarantaine d'entre eux étant par ailleurs placés dans un centre de reproduction à l'abri d'immenses enclos.
 
Les initiatives ne se cantonnent pas aux limites de la réserve mais s'étendent à des collaborations avec d'autres parcs pour la réintroduction d'espèces (tigres relocalisés à Van Vihar, Panna et Satpura, gaurs transférés à Bandhavgarh et barasinghas en transit dans des bomas puis relâchés à Satpura TR ainsi qu'au Van Vihar National Park...). Kanha entend ainsi rayonner sur les environs en faisant profiter ses voisins de sa riche expérience.
Quelques bémols tout de même dans ce tableau en apparence idyllique. On constate une trop grande disparité dans l'aménagement des buffer zones, certaines étant valorisées et comparables à la Core Zone (ex: Kapha Range) quand d'autres sont encore délaissées et sans points d'eau pour les animaux lors de la saison chaude (Kathia Range). Par ailleurs, les corridors supposés assurer des échanges entre populations de tigres avec les différents parcs connectables à Kanha (Pench TR, Achanakmar TR, Bhoramdeo WLS, Nawegaon-Nagzira TR) sont encore extrêmement fragiles et soumis aux pressions extérieures avec un taux d'occupation par les villages et le bétail très important.

Gaur adulte dans un paysage typique de Kanha Meadow © VD - avril 2018

Pour une population de grands prédateurs composées de 108 tigres et 127 léopards environ, répartis entre core zone et buffer, la densité de proies au km² est de l'ordre respectivement de 55-60 dans la core zone et de 25-30 dans la buffer. Le nombre des ongulés présents dans le parc s'est révélé être en nette augmentation entre 2005 et 2015 (chiffres 2015 : 35000 Chitals, 10000 Sambars, 8000 Gaurs, 10500 Wild Boars, 3800 Barking Deers...).


Démontage de Boma en cours © VD - avril 2018
Les efforts d'augmentation des effectifs de proies potentielles des grands prédateurs se sont notamment basés sur une politique de "breeding" intensif conjugué à l'achèvement du programme de délocalisation des derniers villages en dehors de la core zone  en 2015-2016.



Prairie dans Mukki © VD - avril 2018
Une fois les espaces libérées par les hommes et le bétail, les prairies  reconstituent leur végétation d'herbes hautes offrant le biotope idéal pour permettre de relâcher les ongulés transitant par les "bomas"*. La nature reprend ses droits et la vision de ces vastes plaines se dégageant progressivement de la brume du petit matin est tout bonnement fabuleuse !
La zone de Mukki dans laquelle nous avons passé la moitié de notre court séjour est le parfait exemple de cette spectaculaire transformation. D'immenses points d'eau ont été creusés et judicieusement répartis pour permettre aux animaux de s'établir sur l'ensemble des territoires. Les patrouilles ont été renforcées et dissuadent les braconniers de pénétrer le cœur de la réserve.


Gaur adulte dans un paysage typique de Kanha Meadow © VD - avril 2018

Un signe ne trompe pas : les portées des tigresses dans les zones de Mukki et Kanha, composée de 4 petits le plus souvent, sont en plein essor tandis que les "sightings" de tigres sont devenus également très fréquents dans les zones de Kisli et Sarhi. Ces 4 zones qui composent le réseau touristique du parc sont partiellement ouvertes aux visiteurs, les pistes accessibles couvrant 30 à 40 % de leur surface totale. Lorsque par bonheur notre route croise celle du félin à rayures, l'écrin des forêts de Kanha révèle toute sa singularité et le caractère incomparable de son atmosphère.


Tigresse MB3 arpentant fièrement son nouveau territoire © VD - avril 2018

Quel bonheur en effet de pouvoir admirer l'extraordinaire richesse de la faune du parc à l'abri d'une dense canopée offrant aux visiteurs des décors somptueux propices aux "situations photographiques".
Même en période de pré-mousson, et grâce aux sals notamment, les forêts conservent leur toison verte rafraîchissante pour notre plus grand plaisir.

  
  
Pour vous faire partager ces expériences, nous vous proposons une plongée dans l'univers de Kanha à travers nos carnets de route organisés en 5 épisodes et postés au rythme d'un par semaine.

Il sera bien sûr question de tigres mais nous n'oublions pas pour autant qu'au paradis de la faune indienne, tous les animaux ont leur place (léopards, ours lipus, langurs, chacals, loups, hyènes, wild dogs indiens aussi appelés dolhes, gaurs, chitals, sambars, chowsinghas, barkings deer, nilgais, barasinghas, blackbucks, pythons des rochers, cobras - 39 espèces de reptiles en tout - sans oublier plus de 300 espèces d'oiseaux...) et que la flore n'est pas en reste (18 espèces de  plantes rares, des fleurs aquatiques, des forêts composées essentiellement de sals, de pins, de bambous et d'arbres divers, entrecoupées d'immenses clairières et prairies à la végétation abondante...).

Barasinghas males dans les prairies de Mukki © VD - avril 2018



Rendez-vous 
la semaine prochaine pour notre première aventure...



Signalons au passage la sortie sur le site "Conservation India" d'un excellent guide ("STOP - Don't shoot like that  - A simple Guide to Ethical Wildlife Photography") qui propose aux visiteurs - photographes des recommandations pour exercer leur passion tout en respectant les règles élémentaires destinées à perturber le moins possible la faune sauvage ...alors tous à vos appareils pour préparer le prochain voyage en terre de tigres et bonne lecture !



Textes et photos © Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle