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vendredi 23 novembre 2018

Inde sauvage et développement

 L'Etat du Maharashtra, un exemple à ne pas suivre !?




Sur les 576 km de travaux routiers programmées par l'état du Maharastra, plus de 100 km de routes nouvelles seront implantées à l'intérieur de corridors définis par le rapport de 2014 du WII "Connecting tiger populations for a long-term conservation" comme constitutifs de l'habitat critique des tigres et indispensables pour assurer une bonne connectivité des aires protégées permettant ainsi dispersion et échanges entre populations.
 
Parallèlement à ces projets routiers, plusieurs lignes ferroviaires lourdes de fret et de voyageurs traversant Nagpur  (Delhi-Chennai et Mumbai-Howrah route notamment) vont couper les corridors stratégiques situés aux alentours et venir ceinturer la réserve de Tadoba Andhari qui constitue la principale population source des tigres du Maharashtra avec plus de 200 tigres présents à l'intérieur de la réserve ou bien dans les forêts adjacentes des districts de Chandrapur, Gondia, Bandhara, Gadchiroli, Nagpur et Yavatmal.

Selon les experts du "National Center for Biological Sciences" (NCBS), "Wildlife Conservation Trust" (WCT) et "Foundation for Ecological Research, Advocacy  & Learning"  (FERAL), les conséquences d'une mise en œuvre de ces chantiers (NH6 et NH7 + liaisons ferroviaires) sans prise en compte des enjeux de préservation des conditions de migration de la faune sauvage en sécurité seraient à terme désastreuses sur les effectifs qui déclineraient alors rapidement, victimes des perturbations directes (collisions) et indirectes (diminution des échanges entre populations et déséquilibre de l'occupation des habitats favorables) ainsi que des conflits croissants homme / animal. 

L'Etat du Maharashtra a, il est vrai, été dépassé par le succès des actions de protection des tigres menées ces dernières années à l'intérieur des aires protégées, sans anticiper les conséquences d'une réduction drastique des habitats favorables à l'extérieur des réserves et sanctuaires, notamment au niveau des corridors de dispersion.
Source rapport du WCT de février 2018 sur le développement d'infrastructures linéaires "vertes"

 
La carte ci-dessus extraite du rapport du WCT de février 2018 "A Policy Framework for Connectivity Conservation and Smart Green Linear Infrastructure Development in the Central Indian and Easter Ghats" présente les projets programmés et impactant directement les corridors de liaison des aires protégées.

La carte ci-dessous se focalise sur la région de Tadoba Andhari et représente les différentes infrastructures linéaires projetées, notamment routières, tout autour de la Tiger Reserve.

Dans les forêts entourant Bramhapuri, accolées au Wildlife Sanctuary de Ghodazari, 11 tigresses ayant chacune trois petits ont été dénombrées à l'aide des pièges caméras positionnées dans cette zone ! 44 tigres sur une superficie de 1200 km² comprenant 605 villages, c'est plus que dans la majorité des TR et cela témoigne s'il en était besoin de l'énorme pression exercée sur les territoires que les hommes et les animaux sont supposés se partager !! 

Source Time of India du 22/11/2018
Créer des barrières infranchissables pour les tigres conduira inexorablement à multiplier le cas de tigresses comme Avni, installée dans les forêts clairsemées de Yavatmal à une cinquantaine de kilomètres au nord du Tipeshwar WLS, coupée des habitats favorables et n'ayant d'autre choix que de se rabattre sur des proies faciles occupants les très nombreux villages voisins.

 
Dans sa conclusion du documentaire "The Forgotten Tigers" réalisé en 2014, Krishnendu Bose nous livre une vision apocalyptique de tigres errants au beau milieu de villages, sans repères, situation qui pourrait devenir monnaie courante si rien n'est entrepris dans les années qui viennent pour connecter efficacement et de manière concertée avec les populations locales, les habitats dédiés à la faune sauvage et à son "Apex predator".

 S'agissant des infrastructures ferroviaires existantes comme la ligne Chanda- Gondia qui a été réhabilitée en 1999, le South East Central Railway (SECR) concède qu'aucune mesure d'atténuation n'a été programmée et ne sera mise en œuvre. En revanche, pour les lignes nouvelles projetées et notamment celle reliant Wadsa à Gadchiroli, le SECR indique que des mesures d'atténuation seront bien intégrées au programme des travaux comme des passages inférieurs ou supérieurs "vert" (voir exemple ci-dessus d'un "green overpass).
 
                         

Outre ces ouvrages de franchissement, d'autres mesures doivent permettre de limiter les risques d'accidents comme une meilleure signalisation aux abords et à l'intérieur des zones traversant les corridors ainsi qu'une limitation de la vitesse autorisée et un strict contrôle du respect de ces aménagements à la circulation des véhicules. Pour qui a eu l'occasion d'emprunter routes et voies de chemin de fer en Inde, chaos et anarchie règnent le plus souvent  et les dangers sont innombrables. L'évolution des comportements passe donc par des campagnes de sensibilisation volontaristes et soutenues par les autorités.
 
Toujours est-il que les travaux de la 79ème session du congrès pour le développement  du réseau routier  indien envoient des signaux extrêmement négatifs et préoccupants. A l'exception de la NH7, les autres projets routiers ne comportent actuellement aucune amélioration ni aucune  mesure   d'atténuation selon l'Ingénieur en Chef des autoroutes nationales, BD Theng, dans la mesure où ces surcoûts n'ont pas été prévus dans les enveloppes budgétaires allouées.
 
Le Conservateur en Chef des forêts du district de Chandrapur, Bandu Dhotre, alerte sur le fait que ses équipes ne sont pas consultées pour déterminer les zones sensibles dans lesquels prévoir des dispositifs adaptés et  Uday Patel, son homologue du district de Gadchiroli d'ajouter  que la conception de ces projets routiers ne s'appuie sur aucune enquête de trafic estimant les volumes journaliers et la typologie des véhicules.

 
La banque mondiale et le WWF emboîtant le pas des ONG locales estiment que les gains obtenus dans la conservation et la protection des tigres au terme des efforts menés ces dix dernières années risquent d'être totalement annihilés par un développement massif et hazardeux des infrastructures de transport conduisant à une fragmentation irréversible de l'habitat critique des tigres et des autres espèces abritées par ce fragile écosystème.
 
Tout autour de Tadoba, les menaces sont nombreuses comme les deux projets routiers de liaison Chimur-Kanpa et Hinganghat-Khandsangi-Mul  pour un total de 135 km, ce dernier ayant pour effet de couper le corridor nord  stratégique entre Tadoba Andhari TR et les forêts du Ghodazari WLS.
 
 


 Textes Vincent Dabadie
© Blog Pierre Chéron - L335-3 du Code de la propriété intellectuelle

 

5 commentaires:

  1. The Times of India du 23/11/2018 : une histoire fabuleuse comme l'Inde sait si bien nous en conter que celle de ce tigre ayant parcouru 470 km depuis les forêts avoisinantes de la centrale thermique de Chandrapur dans lesquelles il s'était établi, pour rejoindre à l'issue de ce périlleux périple la Tiger réserve de Satpura...elle témoigne s'il en était encore besoin de l'extrême adaptabilité du félin qui sait tirer partie des moindres "poches" d'habitat que l'homme lui laisse pour survivre et se mettre en quête de territoires plus favorables où s'établir définitivement. Cette histoire souligne également l'importance vitale de ménager des corridors de connexion entre les aires protégées afin de permettre aux tigres et au reste de la faune de migrer en sécurité. A noter que le tigre n'a pas forcément emprunté tout le long du parcours les corridors mentionnés dans la très précieuse étude publiée en octobre 2018 par Trishna Dutta, Sandeep Sharma et Ruth DeFries qui s'intitule "Targeting restoration sites to improve connectivity in a tiger conservation landscape in India" (disponible sur le site "www.researchgate.net")...il a prélevé environ 12 vaches durant son Odyssée de plusieurs mois qui l'a conduit dans cette réserve immense de 2100 km² offrant un territoire idéal pour de nouveaux arrivants (Satpura, situé dans l'Etat du Madhya Pradesh ne compte actuellement que 40 tigres environ)

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  2. Times of India du 6 décembre 2018 : l'Inde est toujours tiraillée entre le nécessaire développement de ses infrastructures de transport et la préservation de sa biodiversité unique. Ainsi, dans l'état du Maharastra, le projet d'élargissement de la NH7 s'est achevé sans que soient mises en œuvre les mesures de mitigation indispensables à la faune pour lui permettre de franchir cet obstacle en sécurité, au niveau des corridors de migration notamment. Les coupes budgétaires ont été réalisées au détriment du maintien d'une connectivité effective et cohérente entre les aires protégées entourant la réserve de tigres de Tadoba. Dans le même temps, on note toutefois que le comité de direction pour la Wildlife de ce même état a adopté en décembre 2018, l'inscription des forêts de Kanhargaon (comptant une vingtaine de léopards et une dizaine de tigres selon un recensement effectué en 2015) au statut de Wildlife Sanctuary pour une surface réduite à 210 km² afin d'en exclure les villages à l'exception de celui de Kanhargaon. Ces forêts situées au sud est de Chandrapur se trouvent dans le corridor permettant de relier la réserve de tigres de Tadoba à celle d'Indravati dans l'état voisin du Chattisgarh, immense mais dont la gestion semble assez désastreuse (une dizaine de tigres lors du recensement 2014 pour quelques 2700 km² protégés entre "core zone" et "buffer zone"). Gageons que l'octroie récent du statut de WLS à plusieurs forêts importantes proches de Nagpur et Chandrapur s'accompagnera de l'allocation d'un budget dédié aux ouvrages de franchissement pour la connexion des forêts classées...à suivre

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  3. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  4. "ce même état a adopté en décembre 2018, l'inscription des forêts de Kanhargaon (comptant une vingtaine de léopards et une dizaine de tigres selon un recensement effectué en 2015) au statut de Wildlife Sanctuary pour une surface réduite à 210 km² afin d'en exclure les villages à l'exception de celui de Kanhargaon. Ces forêts situées au sud est de Chandrapur se trouvent dans le corridor permettant de relier la réserve de tigres de Tadoba à celle d'indravavi"

    Tout n'est donc pas mauvais, les choses avancent me semble t-il car les indiens ont le droit à leur modernisation.🐄

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